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Hier matin, une vingtaine de familles ont été expulsées de l’ancien lycée agricole, situé derrière la cité administrative régionale. La Région veut aménager le site.

Des enfants sont montés sur le tractopelle pour l’empêcher d’agir. (HG)
CAYENNE. Gomes vit au lycée depuis deux ans. À l’ancien lycée agricole, situé entre la Région et la plage, à Cayenne. Les seize bâtiments sont squattés depuis le déménagement du lycée à Matiti. Une vingtaine de familles vit là. Surtout des Brésiliens avec des papiers. Gomes est arrivé là parce que « mon loyer à Cayenne était cher : 500 euros. Il n’y avait que ma femme qui travaillait. Avec nos quatre enfants, un Smic, c’est raide. » Sur les conseils d’un ami, il s’est installé dans ces vieux bâtiments abandonnés, comme une vingtaine d’autres familles.
Depuis trois mois, la Région apprécie peu cette occupation d’un terrain que l’État lui a cédé le 22 octobre. Elle veut y construire un hall sportif et un aquarium. Le 18 novembre, après des échanges de courrier entre le président de Région Rodolphe Alexandre et la maire de Cayenne Marie-Laure Phinéra-Horth, celle-ci demande au tribunal administratif de faire expertiser les bâtiments par un spécialiste.
L’expert estime qu’il y a un risque à laisser les familles ici, à cause de « l’état de vétusté avancé des ouvrages » et des branchements électriques artisanaux. Le maire ordonne l’évacuation des locaux et leur démolition. Les occupants sont prévenus le 26 décembre. Hier, le préfet envoie la police pour s’assurer que les squateurs s’en vont. Les enfants montent quelques minutes sur le tractopelle, pour l’empêcher d’agir, puis la démolition commence. Dans la soirée, il ne reste presque rien.
Christine Charlot, avocate des familles, dénonce une expulsion de pure opportunité. « Ces habitations sont occupées depuis sept à huit ans. La préoccupation de la Région intervient, par un hasard bienheureux, au moment où elle a le projet d’aménager un complexe sportif. » Toute la journée, elle a multiplié les recours devant le tribunal administratif pour faire arrêter la démolition. Avec un succès limité : les bâtiments ont été rasés, mais le préfet a fait reloger deux premières familles à l’hôtel.
Auteur : Pierre-Yves CARLIER