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C’est la révélation de ces 15 derniers jours. Maître Christine Charlot est l’avocate de la place. Celle qui brille et par qui le scandale arrive. A elle seule, elle a fait plier le préfet à deux reprises en faisant casser coup après coup la fermeture des bars et restaurants… Mais Maître Charlot est aussi une maman, engagée depuis des années dans l’humanitaire. Elle priorise ses combats pour la liberté, la solidarité et entend continuer ainsi.

D’où venez-vous maitre Charlot ?

J’ai 43 ans. Je suis d’origine martiniquaise du côté de mon père, qui d’ailleurs est né à Cayenne, mais n’y a jamais vécu. Moi je suis né et j’ai grandi en région parisienne. J’ai découvert sur le tard la Martinique et la Guyane. 

Et votre arrivée en Guyane ?

Je suis devenue avocate pas directement après mes études. J’ai eu d’abord un parcours professionnel puisque j’ai travaillé d’abord pour l’Onu (Organisation des Nations unies). J’ai eu un parcours un peu humanitaire. Ensuite, j’ai bifurqué sur le diplôme d’avocat en me formant sur Paris. Je suis arrivée en Guyane par opportunité professionnelle puisqu’une avocate cherchait une collaboratrice pour son cabinet secondaire ici à Cayenne. Voilà comment je suis arrivée en Guyane. C’était un pur hasard. Je ne connaissais pas la Guyane, mais après mon retour de Tanzanie, j’ai eu du mal avec la région parisienne et j’ai voulu bouger. Quand je suis arrivée, je ne pensais pas forcément rester très longtemps. Je n’avais pas d’idée arrêtée.

« Un jeune avocat peut progresser rapidement en Guyane »

Qu’est ce qui fait que vous êtes restée et vous êtes installée ?

Pour un jeune avocat, ce qui est très intéressant et enrichissant, nous sommes de suite plongé dans différents univers et nous sommes directement formés sur des contentieux complexes. En Guyane, un jeune avocat a facilement accès aux procès d’assises, ce qui n’est pas le cas en région parisienne où il faut des années pour ça. Un jeune avocat en Guyane a la chance de pouvoir progresser et d’apprendre énormément. Ça permet d’être opérationnel et de gérer un cabinet.

Comment se compose votre cabinet ?

Je suis toute seule. J’ai eu été en association de moyens entre 2014 et 2016. Là je suis seule. Mon activité s’est développée, mais nous avons connu pas mal de crises, entre les grèves, l’affaire de l’amiante, qui a pertubé le système pendant de longs mois, et depuis 2020 la crise Covid, je n’avais pas envie de recruter quelqu’un que je n’aurai pas pu payer.

« Ma personnalité et ma détermination plaisent et agacent parfois »

Qu’est-ce qui fait que depuis deux ans environ, le nom de maître Charlot revient de plus en plus dans les discussions ? 

Je ne sais pas trop. Peut-être que j’ai eu la chance de bénéficier d’un ‘bouche à oreille’ qui fonctionne bien. J’ai une personnalité, en osant faire les procédures, en étant déterminé et me battant pour des causes, ça marque mon travail et les gens que je défends sont heureux et donc ils le disent autour d’eux. Je suis membre du conseil de l’ordre depuis 8 ans. J’ai fait deux mandats. C’est important aussi pour moi de m’investir pour mes confrères, pour la profession et le droit en général.

Quels sont les plus gros enjeux du moment ?

Tout ce qui a été lié au Covid19, à la crise sanitaire, aux restrictions de libertés… c’est un enjeu important parce que ça touche tout le monde. Il y a une certaine pression. On l’a ressenti très clairement au moment du passage en audience. C’est une pression parce que nos clients sont dans l’attente, mais on ne peut pas la garantie du succès, mais de les inciter aussi car ça peut faire progresser le droit. Pour la crise sanitaire, n’étant pas capable de leur donner la garantie que l’on gagne, il fallait peser le pour et le contre, l’idée c’était pas de mettre une pression supplémentaire à la juridiction, mais le message et c’est aussi ultra important, que les gens usent des voies de droit, pour qu’une attention particulaire soit mise. Il faut être vigilant notamment pour les libertés. Je peux entendre que pour les représentants de l’Etat ce soit une tache très compliquée et qu’on peut avoir à prendre une décision trop large sur le principe de précaution. C’est donc bien que les juges soient saisis pour trancher sur ces atteintes aux libertés.

« Préserver les libertés »…

On a parlé de votre victoire contre le préfet, mais vous avez déjà remporté plusieurs succès importants cette année ?

Sur les restrictions aériennes, il y a eu une décision qui constatait une violente à une liberté fondamentale d’aller et venir, avec les motifs impérieux. Notre recours portait plus loin avec une attaque contre les mesures de quarantaine. Idem pour les vols, nous avons fait bouger les choses sur la différentiation entre vaccinés et non vaccinés. J’ai aussi été sur le terrain des contestations et placement en quarantaine dans l’hexagone. J’ai réussi à obtenir des levés de quarantaine y compris pour des personnes non vaccinées. 

Après cette grosse performance avec les bars et restaurants, quels sont les prochains enjeux ?

(rires) Des challenge j’en ai toujours. J’ai plus que jamais l’envie. On ne sait pas toujours qui va venir. Ça peut nous emmener vers des procès, des travaux que nous n’aurions pas envisagés. En tout cas, je suis plus motivée que jamais et compte bien essayer, de par mon travail, continuer à faire du bien autour de moi.

Peur de représailles ?

Non non, je n’ai pas peur de représailles. D’une part, je ne suis pas en guerre. J’estime faire un métier pour lequel j’ai fait des études. Donc on me saisit pour contester un acte qu’on a le droit de contester, donc je ne me pose par la question des représailles, parce qu’on est dans un état où il est prévu pour réguler les pouvoir qui sont accordés et attribués aux représentants de l’Etat. Et pour être sûr qu’il n’y a pas d’abus, on le place sous le contrôle du juge et le juge a la possibilité de dire oui ou non. Donc à partir du moment où je considère qu’il y a matière à contester que je sois aussi saisie pour le faire… pourquoi avoir cette dimension ? On est dans un petit département. Donc je ne le fais pas dans un esprit belliqueux vis-à-vis de la préfecture. Je le fais parce que j’estime que les moyens de droit doivent être défendus. Je ne fais pas de généralité sur la préfecture, donc je ne me pose pas la question si je risque des représailles. Je le dis d’autant plus facilement puisque j’ai vécu dans plusieurs états où la démocratie était en péril et on sent au quotidien la pression politique. Et je l’ai senti à deux reprises… J’ai participé à un programme de protection de témoins au Guatemala. Des témoins qui mettaient en cause un ancien dictateur. Ça tombait pile au moment d’élections présidentielles où cet ancien dictateur se présentait. J’étais observateur international. Et c’est là où j’ai appris ce que c’était que de vivre dans un pays pas forcément démocratique et de voir comment ça se passe avec la pression politique et les pressions sur les élections… ça c’était en 2003. Ma deuxième expérience, plus récente, en 2017 au Cambodge où là j’ai aussi assisté à des pressions sur les militants des droits de l’homme alors que des tensions étaient liées à l’ancien régime de Polpot.

Donc c’est pour ça que moi, les représailles, ça ne me traverse pas l’esprit. Ce n’est pas par naïveté mais parce qu’on a des règles très précises et je ne suis pas dans un esprit de guerre, d’opposition, de militantisme ou d’extrémisme.

La vie avant d’être avocate : l’horreur des camps

Christine Charlot n’a pas commencé sa carrière professionnelle dans les couloirs du tribunal de Guyane. Cette quadragénaire a eu une vie avant ça. Christine Charlot s’est d’abord orienté dans l’humanitaire. Et pas de la petite manière. Elle s’est investie pendant plusieurs années, allant sur plusieurs sites où s’entrechoquaient des souffrances multiples et explosives : faim, violence, haine, rejets des autres, menaces ethniques ou politiques… Des choses qui l’ont marqué à vie. Mais que cette avocate brillante et ambitieuse n’a pas forcément abandonné pour autant. De temps en temps, elle retourne sur d’autres opérations, comme en 2017 au Cambodge. Elle se confie sur quelques moments qui l’ont particulièrement marqué :

La Tanzanie

Je suis partie en Tanzanie dans le cadre des Nations Unies, en tant qu’expert en réinstallation des réfugiés. C’est un programme prévu par l’ONU pour sécuriser les réfugiés qui sont à risques. En Tanzanie, il y avait un camp avec des réfugiés burundais et un camp avec des réfugiais de la RDC (République démocratique du Congo) et du Rwanda. Avec des problématiques entre des personnes issus de pays d’origine en guerre avec des parcours très traumatiques, post-génocide. Et donc, avec aussi la multiplicité de certaines ethnies sur ces camps, il y avait des programmes pour exfiltrer certains réfugiés, pris en charge dans x pour qu’ils puissent être rééligibles aux programmes d’installations dans d’autres pays occidentaux, pour qu’ils ne soient plus en danger dans ces camps.

Les enfants soldats

 J’en ai côtoyé plusieurs. J’en ai surtout un qui m’a marqué et qui venait de la République démocratique du Congo. Ça m’a d’autant plus marqué que pendant mes études, j’ai rédigé un mémoire sur les enfants soldats en Sierra Léone. C’est un sujet sur lequel je m’étais suffisamment penché pour reconnaître les différentes problématiques. Pour un enfant soldat, il y a cette problématique de s’il a tué. Mais la question c’est de savoir s’il a tué parce qu’il a intégralement endoctriné, si on lui a donné les ordres, dans quelles circonstances. Il y a un vrai endoctrinement. Ils n’ont plus de repères et se construisent avec des principes et des fondements en dehors de la vie et qui sont dangereux pour eux et pour leur santé mentale.

Le pire

Les camps de réfugiés. Ce sont des lieux immenses. C’était d’abord de découvrir cette immensité et cette misère encore plus immense. Découvrir devant soi, des enfants aillons. Ils sont couverts de terre. Ce n’est pas un mythe. Ça existe vraiment. Ce sont des immenses villages avec plus de 5 000 personnes. C’est très dur. Il y a à manger, à dormir. Et c’est très difficile entre eux.

En avril, j’avais indiqué, que justement par mon expérience, l’idée proposée de créer un camp de réfugiés en Guyane, qu’il aurait mieux valu mettre en place une coopération avec le Suriname, mais plutôt de mettre des habits provisoires, mais il y a tout un tas d’éléments qui peuvent sécuriser l’Etat civil, de voir comment ces populations peuvent être traitées. Le but premier c’est de sécuriser la population concernée.

Les avocats qui vous ont marqué

J’ai une grande admiration pour Robert Badinter, pour son combat, pour son courage, pour avoir porté des situations compliquées ; autant devant l’assemblée nationale que dans les tribunaux et devant les cours d’assises. Il a une grande sagesse. C’est un garant moral qui compte.

La Cour pénale internationale

Ce sont des questions qui vont effectivement se poser et qui ne sont pas incompatibles avec mon parcours d’avocate en Guyane. C’est vrai que mon parcours à l’international, m’offre un regard, qui me permet d’avoir un regard sur ce qui se passe à la cour pénale internationale. Mais je n’ai pas d’objectifs précis pour ce qui pourrait se passer dans 10 ans. Je pense que c’est important d’avoir des projets et d’être stimulés dans ce que l’on fait.

Comment Christine l’humanitaire est devenu maître Charlot…

C’est la révélation de ces 15 derniers jours. Maître Christine Charlot est l’avocate de la place. Celle qui brille et par qui le scandale arrive. A elle seule, elle a fait plier le préfet à deux reprises en faisant casser coup après coup la fermeture des bars et restaurants… Mais Maître Charlot est aussi une maman, engagée depuis des années dans l’humanitaire. Elle priorise ses combats pour la liberté, la solidarité et entend continuer ainsi.

itw

D’où venez-vous maitre Charlot ?

J’ai 43 ans. Je suis d’origine martiniquaise du côté de mon père, qui d’ailleurs est né à Cayenne, mais n’y a jamais vécu. Moi je suis né et j’ai grandi en région parisienne. J’ai découvert sur le tard la Martinique et la Guyane. 

Et votre arrivée en Guyane ?

Je suis devenue avocate pas directement après mes études. J’ai eu d’abord un parcours professionnel puisque j’ai travaillé d’abord pour l’Onu (Organisation des Nations unies). J’ai eu un parcours un peu humanitaire. Ensuite, j’ai bifurqué sur le diplôme d’avocat en me formant sur Paris. Je suis arrivée en Guyane par opportunité professionnelle puisqu’une avocate cherchait une collaboratrice pour son cabinet secondaire ici à Cayenne. Voilà comment je suis arrivée en Guyane. C’était un pur hasard. Je ne connaissais pas la Guyane, mais après mon retour de Tanzanie, j’ai eu du mal avec la région parisienne et j’ai voulu bouger. Quand je suis arrivée, je ne pensais pas forcément rester très longtemps. Je n’avais pas d’idée arrêtée.